« Le livre n’est pas une omelette que vous préparez et qu’il faut vite manger… », retour sur le passage de Alain Mabanckou à Goma

Enseignants, professeurs, jeunes écrivains…tous étaient enthousiasmés à écouter l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, qui était de passage à Goma le samedi 5 Mars dernier. Pour sa première fois en RDC, l’auteur du « Sanglot de l’homme noir » a animé une conférence débat sur : « Quelle place pour la langue française en Afrique ». Récit.

Par David Kasi

Début d’après-midi. C’est un évènement à l’institut français de Goma qui accueille un écrivain d’envergure internationale. La Salle d’exposition de la Halle les Volcans est prête à écouter le « baobab » de la littérature africaine. Apres 30 minutes de retard que l’heure qui était prévue, l’homme au visage souriant, montures à la « Lumumba », capuche rouge bordeaux, chemise et paire de Nike multi colores et un gabarit sportif entre soudainement et prend place au milieu de la directrice de l’IF et du modérateur. Les échanges peuvent commencer apres un lap speech de ces deux accompagnateurs.

De gauche à droite : Maud Adam, directrice de l’Institut français de Goma, Alain Mabanckou et David Kalenda. ©️ David Kasi

Sans passer par le dos de la cuillère, l’écrivain répond à la question générale de la conférence organisée en prélude de la semaine de la francophonie. Alain Mabanckou est auteur de plus de 15 ouvrages qui lui ont valu une dizaine de prix, médailles et récompenses. Actuellement, il vit à cheval entre les Etats-Unis, où il enseigne la littérature francophone à UCLA, et la France. En 2022, il est co-auteur de « Noirs en France », un documentaire diffusé sur France 2, qui donne la parole à des français noirs de tous âges et de tous horizons, racontant les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien à cause de leur couleur de peau.

Avec une dose d’humour, Alain a résumé l’importance du mixage de langues bantoues avec le français, que beaucoup de participants ont jugé « coloniale ». Il a parlé de ses souvenirs d’enfance et de sa vie de professeur dans un pays purement anglophone. « Je donne mes cours en français », a-t-il d’ailleurs dévoilé concernant son quotidien d’enseignant. Il en a profité de l’occasion pour parler de ses études en droit que sa mère, Pauline Kengué (l’écrivain porte toujours un bracelet à son effigie), vendeuse de bananes au marché, lui avait recommandé. « Elle voulait que je sois avocat pour l’aider à avoir une grande table que les autres dans le marché et que j’emprisonne tous ceux qui vont la déranger », déclare-t-il dans son exposé.

L’écrivain Alain Mabanckou en plein exposé à l’Institut français de Goma. ©️ David kasi

Pour la question principale des échanges, l’auteur n’a pas hésité a montré le rôle que joue le français dans la littérature du continent Noir. « Je pense que son apport est important », a-t-il précipitamment répondu. « La langue francaise est une langue de société, une mangue de communication et elle est une langue de voyage. Si vous êtes dans la société, dans le voyage, le résultat est que vous êtes dans le monde…toutes les questions qui consistent, parfois, à requiser une langue sous prétexte qu’elle aurait un caractère colonial, ce sont de questions purement démagogiques. La langue francaise nous donne l’opportunité de faire en quelques sortes l’inventaire de notre histoire ».

« On peut dire tout de la ville de Goma mais moi, ce que j’ai vu c’est le dynamisme qui se trouve ici ».

Alain Mabanckou est né le 24 février 1966 à Pointe Noire, capitale économique de la République du Congo située à l’extrême sud du pays mais c’est la première fois qu’il a foulé ses pieds en RDC. A la question de savoir qu’il n’a pas eu peur de débarquer à Goma, ville réputée « criminelle », Alain a plutôt eu de mots doux pour la ville touristique : « Il ne faut pas vivre dans l’atmosphère de la médisance. Les gens ont plus tendance à raconter des énormités et on ne prend pas le temps de vérifier pratiquement la source. On peut dire tout de la ville de Goma mais moi, ce que j’ai vu c’est le dynamisme qui se trouve ici. Je n’ai jamais été dans ce pays, c’est la première fois ».

Avant la conférence, le prix Renaudot de 2006 grâce au roman  » Mémoires de porc-épic, « a échangé avec la corporation des écrivains de Goma. Au centre de leurs discussions, la question d’écrire son œuvre littéraire dans une langue locale, est-ce bénéfique et lucratif ? Alain n’a pas manqué de conseils.


« Je pense qu’il ne faut pas faire de la littérature juste pour faire du militantisme. On ne fait de la littérature pour dire :  » je vais commencer à écrire pour défendre quelque chose  » . Vous écrivez parce que vous êtes traversé par l’urgence de raconter quelque chose et il y a plusieurs moyens. Les journalistes racontent le monde dans les reportages, les musiciens dans les chansons…et les écrivains racontent le monde par la puissance de leur création et leur imagination », a commencé par stipuler avant de continuer : « Aujourd’hui, quelqu’un peut écrire en swahili et puis il va vendre un million de livres…que ces jeunes qui pensent qu’écrire dans les langues locales diminue leur lectorat mais parallèlement est ce qu’ils vendent en écrivant en français ce qui va justifier qu’ils vendront moins en écrivant en swahili. Le livre n’est pas une omelette que vous préparez et qu’il faut vite manger, le livre est fait pour durer. Le livre que vous avez publié aujourd’hui ne peut pas marcher mais qui sait, peut-être dans 10 ans, c’est ça qui sera le livre de toute une génération. Donc, la patience est la petite sœur de la littérature ». Le message est passé et les jeunes écrivains qui étaient présents ont bien noté.

Alain Mabanckou : amoureux de la mode et parfois producteur de musique

S’il a bien une chose qui a marqué les participants dès les premiers instants des échanges, c’est bien le look qu’a abordé l’écrivain brazzavillois. La question lui a été tendu, Alain s’est expliqué : «  Moi je me suis toujours habillé de cette façon. Les gens ont cru que c’était du marketing mais ceux qui me connaissent avant que je sois écrivain, savent que je suis un partisan de la couleur. Je ne suis pas la mode, je me fais la mode moi-même. La mode consiste à porter ce que les gens croient que c’est démodé », a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Vous voyez, je porte du velours, personne ne porte ça, j’ai de chaussures Nike spéciales que vous ne trouverais dans aucun magasin en Europe parce que c’est moi qui vais demander sa conception. Forcément, quand je passe, tout le monde se retourne même aux Etats-Unis ».

Alain Mabanckou en train de dédicacer ses livres à l’Institut français de Goma. ©️ David Kasi

Depuis 1995, Alain enchaine de prix, décorations et médailles avec à la clé, en 2012, le grand prix de littérature Henri-Gal, prix attribué par l’institut de France et remis sur proposition de l’Académie francaise pour l’ensemble de l’œuvre. Pour le concerné, ces récompenses contribuent à son rôle d’ambassadeur de la littérature africaine dans le vieux continent.

« Chaque fois qu’on me donne un prix, je suis content pour la littérature africaine en générale. Cela permet aux européens de découvrir la multiplicité de notre littérature. Je dédie toujours mes prix au continent africain car nous avons un devoir de promouvoir la littérature africaine qui est dense », a-t-il dit.

L’autre vie, parfois non mis en avant par Alain, est son rôle de producteur de musique. À part avoir produit le musicien congolais Ferré Gola, Mabanckou a produit en 2012 et en 2013 un album rumba congolaise pour le groupe Bazar. De cette expérience, l’écrivain a dit que : « De temps en temps, j’arrive te et je produis de musiciens. Quand je vois qu’un projet est intéressant, je me lance. J’ai produit un album pour Black Bazar, j’ai écrit aussi de chansons pour quelques musiciens »

Alain Mabanckou est en tournée dans quatre instituts français en Afrique de l’Est notamment au Rwanda, au Kenya, à l’est de la RDC où il a visité Goma et Bukavu. L’objectif est d’animer des conférences sur la place du français en Afrique en prélude de la semaine de la francophonie prévue du 12 au 20 Mars.

Miss Kivu 2022 : le thème Umoja pour valoriser l’habitation pacifique

Le développement du tourisme en République Démocratique du Congo dépend considérablement de la pacification des deux provinces du Kivu, le Nord et le Sud Kivu.

Pour y parvenir les deux provinces doivent s’y mettre ensemble, et, les activités culturelles pourraient être une voie rapide pour réunir les habitants des deux provinces.

Les deux Provinces du Kivu sont, en effet, aujourd’hui réunie pour célébrer la diversité culturelle qui les caractérise. Et ce, à travers une activité culturelle organisée par Miss Kivu Organisation du 1er décembre 2021 au 30 juin 2022.

Avec comme but la promotion de la paix au Kivu, de la culture kivutienne et du leadership féminin, Miss Kivu Organisation à travers un concours de beauté dirigé par l’agence de mannequinat Vortex Agency, réunit près des 40 jeunes filles originaires de Goma et Bukavu. Ces dernières doivent ensuite réussir à traverser différentes phases d’élimination dont la présélection pour arriver à l’étape finale.

Lundi 24 janvier marquait le lancement d’un premier défis avant la phase éliminatoire. Pour réussir il fallait aux candidates réunir les plus des « likes »sur leurs affiches publiées sur Instagram et Facebook par Miss Kivu Organisation.

En un temps record dans la soirée, les candidates ont toutes utilisé leur esprit de leadership pour réunir les plus des « likers ».

Pour une région où l’image de la femme est sans cesse ternie par les guerres à répétition, Miss Kivu est un moyen aujourd’hui pour la femme du Kivu de démontrer sa force à travers sa beauté et son élégance.

Ce concours est également un moyen pour les deux provinces du Kivu de partager leurs expériences culturelles pour promouvoir l’habitation pacifique d’un peuple longtemps divisé.

Pour les organisateurs, ce concours pourrait contribuer considérablement à valoriser la culture du Kivu et en vendre l’image positive.

Après les premières étapes qui se déroulent par vote en ligne, les heureuses élues devront ensuite convaincre les membres du jury, étape laquelle conduira à l’élection d’une miss qui représentera les deux provinces du Kivu.

Nicolas Mbula Amani.

Bukavu : 3 pays au rendez-vous de la rencontre chorégraphique des grands lacs

Ce lundi 24 janvier, à Bukavu, Est de la RDC, les danseurs venus de Burundi et du Rwanda, reliés à ceux de la RDC, ont lancé officiellement la première édition de la Rencontre Chorégraphique des grands lacs. Ces jeunes danseurs ont discuté autour du thème :  » La reprise de vie « .

Cette première phase de la rencontre a plus statué sur comment les artistes ont survécu pendant la période de Covid et ont essayé de partager sur les stratégies à mettre en place pour cette nouvelle année.

Du 24 au 27 janvier, ce sera la phase de la rencontre et laboratoire entre les danseurs et les chorégraphes et du 28 au 29 janvier, ça sera le tour de spectacles qui vont se dérouler au Camp Militaire, dans la commune de Bagira et à l’Institut Français de la ville de Bukavu. Cette rencontre est productive sur la collaboration entre les structures œuvrant autour de la danse dans la sous région de grands lacs.

Bilan : « la communication », le plus grand dilemme des artistes gomatraciens en 2021

Certains artistes de la ville de Goma, en conformité avec certains chroniqueurs et journalistes culturels se sont réunis, par le biais de Tweeter Space, pour assortir un bilan sur le plan artistique en 2021. Si l’an passé a été marqué par la pandémie de Covid 19, l’état de siège et l’éruption du volcan Nyiragongo, à l’unanimité, la communication des artistes n’a pas été au niveau même s’il y a eu certaines exceptions. Compte rendu.

Par David Kasi


Le moindre que l’on puisse dire est que la ville de Goma a vécu l’an 2021 à double allure sur le plan artistique comme dans plusieurs domaines. Pour cause de pandémie de Covid 19, avec la troisième vague, ajoutée à cela l’instauration de l’état de siège et l’éruption inopinée du volcan Nyiragongo, certains festivals et évènements culturels ont été reportés et d’autres annulés, à l’image du Festival Amani ou encore de Goma Rire Festival. S’il y a certains qui ont résisté, comme la deuxième édition du Hadisi Urban Festival, ses activités se sont passées en demi-teinte.
Individuellement parlant, certains artistes se sont démarqués et ont profité de ces phénomènes sociaux pour élargir leur image.

On peut le dire, sans peur d’etre contredit, que l’année 2021 est parmi les meilleures sur la dernière décennie pour les artistes individuellement. Les artistes ont eu des consécrations au niveau continental comme ils ont fait les tournées internationales, les autres ont eu les prix tout comme certains ont collaboré avec les medias internationaux.


« La communication » à améliorer au centre des échanges


Malgré un nombre restreint de participants à notre rendez-vous sur la toile, plusieurs disciplines artistiques ont été présentes dans ce débat houleux qui avait comme thème : « Les artistes de Goma : quel bilan pour 2021 ? ». En plus de journalistes et chroniqueurs culturels, les photographes, les danseurs, les slameurs, les militants, les dramaturges et les chantres ont répondu présents à notre évènement.


« J’estime que de manière générale, il est difficile de préciser que durant l’année passée, le bilan était largement positif, négatif ou mitigé étant donné que chaque artiste a ses critères d’évaluation d’une éventuellement évolution ou pas de l’art », a tenu à souligner d’entrée Ghislain Kabuyaya, slameur et acteur de théâtre. « Pour ne pas reprendre ce que bon nombre des gens pensent par rapport à ce qu’a été l’année passée, je vais exploiter un autre angle ; celui relatif à la visibilité des artistes, la promotion de leurs œuvres, les plébiscites constatés ça et là via la création des Awards, et le rapport entre les artistes et opérateurs culturels. A mon humble avis, il y a un besoin pressant d’améliorer ces aspects, ils sont parmi des facteurs importants dans la carrière d’un artiste », a-t-il continué avant de proposer : « Il faudra que la chronique culturelle ne soit pas penchée uniquement sur la musique. Revoir la manière de poser les questions (pour les journalistes et chroniqueurs) ou enrichir le panel. Il s’agit d’éviter de questions monotones, des questions inopportunes, des questions n’ayant aucun impact sur la carrière de l’artiste ni pour les auditeurs…une interview est aussi un moment crucial ou l’artiste peut se taper des fans par le fait qu’il parvient de relever ce qu’il est réellement si les questions sont bien orientées ».


Selon le livre « Réussir sa communication artistique » de Mathieu Oui, à l’ère de réseaux sociaux et de la professionnalisation du monde de l’art, savoir communiquer sur son projet artistique devient crucial pour tout artiste émergent. Qu’il soit architecte, musicien, photographe ou danseur, un créateur doit toujours maitriser tous les outils utilisés par les professionnels de la communication. C’est en effet par le biais de ce faire-savoir que l’artiste va trouver des partenaires, collectionneurs, commanditaires, galeristes.

Pour renchérir les idées de ce livre, Augustin Mosange, journaliste culturel basé en ville de Goma, a suggéré à tous les artistes « d’avoir des équipes pour l’an 2022. D’aller piocher ces étudiants en communication qui inondent Goma », car selon lui, « Lubumbashi a pris la place de Goma sur le plan artistique en RDC ». A Amina Murhebwa de confirmer : « Il y a des artistes qui limitent la communication sur la prise de photos. Il y a beaucoup de choses qui interviennent dans ce domaine. Essayons d’intégrer les jeunes qui font la communication »


Pour pallier à ce problème qui touche toutes les disciplines artistiques de la ville touristique, les journalistes et chroniqueurs culturels ont décidé de mettre sur pied une structure pour la promotion des artistes. Cette structure se concentrera sur un seul artiste chaque mois dans le but de l’aider dans ses projets. « Les artistes nous ont taxé de tuer l’art de Goma, et plus particulièrement la musique. C’est pourquoi nous avons créé une structure pour essayer de lever l’équivoque », a déclaré par la suite Augustin Mosange.

Dans ce même angle d’idées, Ghislain Kabuyaya a proposé de « renforcer le rapport entre artistes et opérateurs culturels. Offrir un cadre permettant la connaissance du management artistique. Comment propulser son art ? Quelles valeurs mettre en exergue en faveur de la culture ? Qu’est ce qui contribue à la mise en place de l’identité culturelle d’un peuple à travers les œuvres produites ? ».


Vivement cette année 2022 qui a déjà commencé sur le bon augure

Entretien exclusif :  » Mon rêve reste le même : je veux être compté parmi les meilleurs photographes de guerres du monde  » ( Moses Sawasawa)

Moses Sawasawa et Arlette Bashizi, deux photojournalistes du collectif Goma Œil, ont exposé durant 15 jours en ville de Goma et ses environs. Cette initiative, dénommée  » Sans Limite  » est un ensemble d’une vingtaine de tableaux qui ont pour objectif de s’interroger sur les préjugés dont sont victimes les personnes handicapées. Après cette première étape de ce projet itinérant, Moses Sawasawa s’est livré à notre redaction sur l’ensemble de carrière. Interview.

Par David Kasi

Que signifie la photographie pour toi ?

Pour moi, elle est une vie car la photo m’a donné le sens de vivre avec les communautés différentes et je me suis défini grâce à cet outil qui est l’appareil photo.

 » Kihu  » est ta première exposition photo. Parle nous de ce projet ? Les buts ont été atteints ?

 » Kihu  » était ma première expo solo. De mon côté, je dirais que ça avait atteint son but parceque j’avais mis la main à la pâte. Il y avait déjà les militants qui avaient manifesté pour que Goma puisse avoir de l’eau et mon expo, c’était comme contrinuer ou amener une pierre à l’édifice.

 » Sans Limite « , cette fois tu as voulu la faire avec Arlette Bashizi, une autre photographe. Pourquoi tu as voulu exhiber les compétences professionnelles de personnes handicapées ?

 » Sans Limite  » est un projet photographique à long terme que j’ai travaillé en collaboration avec Arlette Bashizi. On a voulu parlé des personnes handicapées car leurs histoires sont peu couvertes par les médias internationaux ainsi que brisé les stéréotypes à l’égard de ces personnes, surtout dans nos sociétés africaines.

Moses Sawasawa et Arlette Bashizi lors du décrochage de l’expo  » Sans Limite  » au stade Omnisports Paralympique de Goma. ©️ Daniel Bitita



C’est quoi la suite du projet après la ville de Goma et ses environs ?

Jusque là, nous nous réservons encore car c’est un projet qui ne demande pas seulement beaucoup de moyen fin mais aussi beaucoup d’énergie.

Les tableaux de l’expo  » Sans Limite  » au quartier Ndosho.



Qu’est ce qui a changé en Moses Sawasawa depuis qu’il a débuté la photographie il y a 3 ans ? Qu’est ce qui t’a aidé à progresser ?

Rien n’a changé mais tout est devenu différent en devenant photographe au fil des ans. Premièrement, c’est ma famille qui m’aide à progresser même si au fond d’elle, il y avait une peur et moi aussi il fallait que je me motive car c’est une question de ma vie. Aujourd’hui, ma famille commence à comprendre petit à petit et ce sont les membres de ma famille qui sont devenus mes premiers fans.

Le photojournalisme est un domaine encore pas vraiment reconnu à Goma. Pourquoi avoir emprunté ce chemin malgré ces risques ? Quels sont les obstacles que tu as surmonté jusqu’à présent ?

Pendant plusieurs décennies, l’histoire de la RDC est souvent racontée par les étrangers et là, était ma première raison de pouvoir rendre les choses en mains. Je voulais raconter l’histoire de ma propre patrie. Tout métier est constitué des obstacles. L’essentiel est de mettre dans sa tête qu’on est photojournaliste et on est obligé d’être à n’importe quel endroit, n’importe quelle heure si le métier nous oblige et cela sans aucune excuse.

Il y a aussi quelques années, tu as créé un collectif pour photographe  » Goma Œil « . Pourquoi cette initiative ?

Goma Œil est un collectif qui a pour but de raconter la vie sociale, économique, politique de la ville de Goma en particulier et de la RDC en général.



Lors de l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021, tes photos ont été relayées par plusieurs grands médias. Comment tu as vécu ce moment en tant que photographe ?

Comme je l’ai déjà dit auparavant, quand on est photographe on vit pour les autres avant de vivre pour soi-même. Le jour de la récente éruption du Nyiragongo, je n’avais qu’un seul choix : celui de documenter la vie de ma communauté.

Tu t’attendais déjà à être contributeur, photographe indépendant pour les agences de presse juste après 3 ans de carrière ?

Pour dire vrai, je ne me voyais pas ici dans les trois ans de ma carrière. Là, je croyais y arriver dans 10 ans voire plus mais grâce a Dieu, suis là où je suis.

 » …quand on est photographe on vit pour les autres avant de vivre pour soi-même. « 



C’est quoi tes rêves et tes modèles ?

Mon rêve reste le même : je veux être compté parmi les meilleurs photographes de guerres du monde. J’ai plusieurs modèles mais ceux qui m’impressionnent sont Finbarr O’reilly, Jérôme Delay, Thomas Mukoya et l’incontournable Ley Uwera.

VL1 : AS Dauphin Noir maîtrise la JS Groupe Bazano

Pour sa dixième sortie dans cette 27eme édition de la Vodacom ligue 1, les dauphinois de Goma se sont refait une santé en s’imposant d’un but à zéro devant JS Groupe Bazano ce mardi 28 décembre 2021.


Par Pascal Basheka


Après son périple à Kinshasa, et sa récente défaite contre Mazembe, les hommes de Birindwa Cirongozi avaient l’obligation de faire au-moins un résultat face à son redoutable adversaire du jour la Jeunesse Sportive Groupe Bazano. Une équipe qui revient d’une victoire surprenante à kindu devant Maniema Union (1-0), un des cadors de l’élite du football congolais. Le match n’était pas donc gagné d’avance pour les tricolores surtout que Bazano était donné favori sur le papier.

8h30° heure de Goma, L’arbitre central du match lance les hostilités, une minute plus tard les locaux surprennent la défense loushoise après une très bonne combinaison depuis le milieu du terrain, le capitaine de Dauphin, Linda Mtang, montre la voix aux siens en livrant un caviar à Simon Kankonde qui, avec facilité réussira à battre le portier loushois. 1 but à zéro donc dès l’entame du match.

Les visiteurs tenterons de remettre le compteur à zéro tout au long de la rencontre mais c’était sans compter sur un bon Nelson Lunanga et les interventions à la Sergio Ramos de Ilonga Nkapo. Score final donc 1 but à zéro pour Birindwa Cirongozi et ses poulains.


Pour la traditionnelle distinction du meilleur joueur de la rencontre, c’est le jeune Dieu est là Musafiri qui s’est vu attribuer la récompense pour sa master-classe.
Cette victoire permet aux seuls représentants du Nord-Kivu en Ligue 1 cette saison de mettre son total de ponts à 13 en dix sorties. Dans l’ensemble c’est 4 victoires, 5 défaites et 1 match. Un bilan jusque là pas trop mal vu son positionnement sur le classement provisoire avec une 12ème place à la clé en attendant l’actualisation du calendrier et le déroulement des autres matchs dans d’autres pelouses du pays.

Interview Exclusive : « Raconter des histoires en images, c’est ce qui me passionne » (Guerchom Ndebo)

8 décembre 2021 restera l’une de meilleures dates de la carrière artistique de Guerchom Ndebo, photojournaliste congolais basé à Goma, Est de République Démocratiques du Congo. A Paris, au musée de l’Homme, il a été plébiscité du prix de l’Agence France Presse de l’Avenir photo pour son portfolio de 20 photos sur l’éruption du Volcan Nyiragongo du 22 Mai 2021. Du souvenir qui l’a poussé à adopter sa démarche artistique autour de l’humain à ses plus grands rêves en passant par le déclic qui l’a fait connaitre au niveau mondial, Ndebo s’est livré avec ouverture d’esprit à notre redaction. Entretien.

Par David Kasi

Soutenu par Canon, le prix AFP de l’Avenir photo est remis chaque année par l’association planète Albert Kahn pour honorer des personnalités dont l’œuvre, le comportement, l’ouverture d’esprit, ont participé à la fraternité entre les hommes, et à la connaissance de la planète.

Tu utilises la photographie pour communiquer tes préoccupations sur les sujets complexes et stimuler la réflexion sur les enjeux contemporains. Comment est encrée cette discipline en toi ??


J’ai grandi dans une famille dont la mère était couturière, je la voyais travailler sur ses vêtements et j’étais plus intéressé par la touche finale lorsque le propriétaire va porter ses vêtements, voir comment les clients de maman étaient très heureux de porter leurs vêtements et la façon dont ils se regardaient dans le miroir m’a rapproché de l’image. J’étais curieux de partager leurs émotions. C’est là que j’ai pris une démarche artistique en mettant l’humain au cœur de mon travail.


Qu’est ce qui a motivé ta démarche artistique qui mêle les différences artistiques, de solidarité et de décadence ?


Ma motivation vient de la passion à l’image. A chaque cliché je me demande si je fais ce qui me passionne vraiment  » Raconter des histoires en images  » et à chaque fois la réponse, quand elle est oui, je continue à faire les photos et je trouve d’autres idées.


Comment le projet Congo in conversation de Finbarr O’reilly t’a permis de se lancer dans le photojournalisme ?


Personnellement, le projet Congo in Conversation a marqué mes débuts dans le photojournalisme. Au cœur du projet se trouvait la collaboration, un élément clé qui m’a permis d’évoluer très rapidement. Travailler aux côtés de Finbarr O’Reilly et d’autres contributeurs du projet m’a permis d’améliorer mes compétences en matière de narration. Au-delà de la collaboration, nous avons eu une grande couverture en termes de visibilité et plusieurs publications dans la presse internationale. Après l’exposition à Paris sur la Tour Saint-Jacques en janvier, j’ai été contacté par Getty Images et j’ai commencé à couvrir l’actualité de l’Est du Congo en tant que contributeur indépendant.  L’une des premières histoires que j’ai couvertes a été l’assassinat de l’ambassadeur italien en février 2021.


Aujourd’hui tu es contributeur chez Getty Image, une agence de photographie et une banque d’images américaine. Dans un peu d’années de carrière, tu t’imaginais déjà arrivé à ce niveau ?


Je n’avais jamais imaginé que je couvrirais un jour pour les grandes agences, mais je me suis dit que je devais travailler dur pour être à la hauteur du défi. J’ai continué à travailler pour en apprendre davantage
Grâce à tes clichés, tu as déjà raconté tant d’histoire.

Tu peux nous dire laquelle d’entre toute t’a fascinée et pourquoi ?


L’histoire qui m’a le plus marqué cette année est l’éruption du volcan Nyiragongo. Je pense qu’il était de ma responsabilité de documenter les événements entourant l’éruption et ce qui m’a le plus marqué, c’est d’écouter les histoires des gens et de les partager avec le monde.


Grâce à ta couverture de l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021, tu viens d’être lauréat du prix AFP de l’avenir photo. Quelles sont tes impressions et à qui tu dédie ce prix ?


Le prix Avenir Photo Canon, je le dédie à tous les habitants de Goma qui ont fait preuve de courage et de résilience pendant cette période sombre du volcan, en particulier aux personnes qui m’ont permis de raconter leurs histoires. Raconter leurs histoires a été l’une de mes plus grandes réussites.


Tes photos de l’éruption ont été reprises dans plusieurs grands médias internationaux dont entre autres, New-York Times, CNN, RFI ou encore USA Today, quels sont les secrets derrières tes photos ?


Je ne sais pas si je dois parler du mot secret ou travail, mais une chose est sûre, la première chose que j’essaie de faire dans mes photos est de représenter les gens sous leur meilleur jour, et de raconter leurs petits succès, dans mes photos j’essaie toujours de représenter le courage des gens.

Une des photos de Guerchom Ndebo prise lors de l’éruption du volcan Nyiragongo, 22 Mai 2021, Goma, AFP.


Bien que ta carrière ne soit pas encore longue comme un bras, tu peux déjà nous dire les obstacles que tu as déjà surmontés et qu’est ce qui t’aide dans ce combat ?


Je n’ai pas beaucoup d’obstacles dans ma carrière ; jusqu’à présent, je continue à apprendre pour améliorer mon approche, la première des choses que j’aimerais avoir et que je n’ai pas eue, c’est l’accès à un cursus universitaire en photojournalisme.


Comment vois-tu le domaine de photojournalisme en ville de Goma en particulier et en RDC en général ? Quoi à encourager et à améliorer ?


Nous sommes d’accord sur le fait que le photojournalisme est en train de décoller en RDC, il y a quelques années nous étions sous-représentés mais pour l’instant nous avons rejoint la carte, c’est aussi un appel à tous les passionnés de photojournalisme à nous rejoindre car il y a beaucoup d’histoires à raconter sur la région.


Ou vas s’arrêter Guerchom ? Quels sont tes rêves et tes modèles dans ta carrière ?


J’ai de grands rêves : J’aimerais travailler dur pour être un jour ambassadeur et partager mon expérience avec d’autres personnes, travailler sur de grands sujets et être publié dans de grands magazines, faire des expositions où mon travail sera montré au public. Raconter des histoires en images, c’est ce qui me passionne. Je m’améliore chaque jour pour réaliser mes rêves et quand j’y arriverai, mon plus grand rêve sera de partager et de raconter d’autres histoires.
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Le photojournalisme est souvent confondu avec le métier de reporter photo de guerre ou grands photographes de guerre. Alors que ce secteur englobe non seulement le métier de photojournalisme de guerre dans de grandes organisations comme reporters sans frontières mais aussi d’autres formes de photographes journalistes d’une agence de presse.


Le photojournaliste ou journaliste reporter d’images a comme mission de partager des informations sous forme d’images auprès des citoyens. Lors d’un quelconque évènement culturel, politique ou un conflit de guerre, le photographe de presse est toujours présent afin de couvrir les faits et les manifestantes. Son travail consiste à prendre tous les clichés lors d’un évènement quelconque afin de les diffuser auprès d’un large public.


Ce partage de reportages photos se fait par le biais de la presse écrite, du site web d’une agence de presse, de son portfolio virtuel ou son blog word press photo.

Musika Na Kipaji : Exclusivement pour le réveil de jeunes filles talentueuses au Kivu !

L’art féminin prend de l’essor grâce à l’évènement culturel Musika na Kipaji qui, depuis 3 ans est considéré comme une vitrine d’expression pour les femmes et filles artistes de la ville touristique, Est de la RDC, pays ou la scène artistique est largement dominée par les hommes. Pour la troisième édition, le slam, le rap, le chant, l’humour et la danse étaient au rendez-vous au-delà des ateliers sur l’art oratoire, le make-up, le leadership et la « slamothérapie », qui ont précédé le spectacle du 28 novembre.

Par David Kasi

Une semaine avant les spectacles et l’exposition, plusieurs jeunes filles étaient conviées à participer dans les échanges animés par des filles et mamans qui ont de l’expérience et influencent positivement dans leurs domaines de prédilection. Les artistes sélectionnées pour cette édition étaient aussi en préparation. Objectif commun : révolter la jeune fille congolaise à exploiter au maximum ses potentiels, à inspirer la nouvelle génération des filles leaders et influentes, qui impactent véritablement le monde.

Musika Na Kipaji se présente aussi comme une opportunité, un espace engagé pour les jeunes filles qui leur permet de sortir de l’ombre et de s’exprimer, de parler de leurs difficultés et d’exprimer librement leurs désirs par les biais de leurs talents artistiques.

Esther Abumba, coordonatrice de MNK, en pleine interview avec le média panafricain Africa News. ©️ Moses Sawasawa

Arriver le jour J, l’attente du public gomatracien était à son comble. Dès midi, la musique retentissait à Un Jour Nouveau. Lieu du spectacle, comme les éditions précédentes. Une heure après, la salle était déjà en moitié pleine et l’Expo, précédant la scène, a donné l’avant-gout au public curieux. Les habits de la maison de couture Kuliko’art ont donné une autre dimension à ce spectacle ornant ainsi dès l’entrée, la salle de la scène.

« Mwanzo », voilà le nom qu’a porté la première partie de la scène. Avec la prestation de Ada Lulonga, propulsée par le programme Slam à l’école du collectif Goma Slam Session, a annoncé les couleurs de l’acte trois de MNK. Attitude scénique irréprochable accompagnée de ses rimes bien dosées, elle a su assurer devant un public en surnombre. Le gospel, avec Linda Mughanda conduit par la guitare d’Ibrahim Tshomba et le piano de Daniella Mpabuka, s’en est suivi avant que Phillipa Zawe, la seule « Musika » de la nationalité non congolaise de cette édition et venue d’Angleterre ne puisse clôturer cette partie.

Ada Lulonga. ©️ Benjamin Songolo

Prestation remarquée de 3 sinistrées du Nyiragongo


Zaburi Rita, vêtue d’un pool over made in Kuliko’art, a eu la charge d’ouvrir le rideau de la deuxième partie du spectacle, très attendue par le public. Sereine et mélancolique, comme dans ses habitudes, Rita, qui a animé l’atelier sur la « slamothérapie », a interprété pour la première fois en live son tout nouveau morceau « Révérence », sorti il y a 3 jours. La danse a pris place ensuite par l’entremise de Christy Valery, qui a égayé par sa folie de scène. Esther Queen est venue rendre joviale le public avec ses sketchs d’humour.


L’un de moments les plus émouvants de ce Musika Na Kipaji restera la prestation de 3 sinistrées de la dernière éruption du volcan Nyiragongo. Deux en chant et une en slam, elles ont su passer les messages de paix, de réconfort et de cohabitation entre peuple. Leur passage n’est pas resté anodin. Les applaudissements étaient incessants dans la salle. Le slam est revenu sur scène grâce à la talentueuse Dheve Francisca qui a passé en revue ses opinions, décrypté l’histoire du pays et donné de la motivation par ses textes poignants.

Une autre spécialité de MNK 3 ? C’est bien le retour sur la grande scène de Phillipa Zawe avec son style Folk avec une infusion de soul. Style inédit dans la sphère musicale congolaise qui a poussé le public à etre calme et admirer les talents de cette artiste aux héritages ougandais. Pour la seconde fois de la soirée, la danse a refait apparition. Souzy Chloé a emballé avec le hip hop et la danse contemporaine. Bénédicte Luendo n’a pas manqué le coche ensuite en interprétant, avec sa voix épurée, les chansons du style world music et pop music.

Phillipa Zawe. ©️ Benjamin Songolo


Venues de la ville de Bukavu, Prisca et Inès, qui forment Phoenix, ont annoncé le dernier virage du spectacle. Ce duo du Sud-Kivu a fait preuve d’une cohérence scénique hors pairs avant que Prisca Mwenge, en humour, assure que cette discipline a pris un autre niveau en ville volcanique. Avant que le gospel ne revienne clore l’évènement, le rap devrait passer. Et Linda Light, comme dans ses habitudes, s’est liée au public pour interpréter ses morceaux.

Prisca et Inès. ©️ Benjamin Songolo


L’art comme moyen de lutter contre les violences faites aux femmes


En RDC, et plus particulièrement les Kivu, les rôles traditionnels et les stéréotypes basés sur le genre rendent les femmes vulnérables aux violences. En raison du conflit armé qui sévit dans cette région depuis 20 ans, les congolaises y sont exposées de manière disproportionnée, en particulier les violences sexuelles. Dans ce contexte, MNK est un espace essentiel pour soutenir celles et ceux qui prennent la parole et qui dénoncent les injustices et les violences que subissent les femmes.


Le choix des dates de toutes les activités de MNK n’est pas insignifiant. Les organisateurs veulent participer dans la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, qui est un évènement international annuel qui débute le 25 novembre, date de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et se poursuit jusqu’au 10 décembre, date de la journée des droits humains.


« Cet évènement était un appel au réveil des jeunes filles talentueuses. Il porte un message de lutte contre les VBG, un message qui impose le changement, qui légalise l’espoir longtemps trafiqué et un message qui donne accès au palais des rêves et de réalisation », a souligné Esther Abumba, slameuse et coordonnatrice de MNK. Joyeuse, elle espère franchir un autre pallier à la prochaine édition : « Nous croyons que la quatrième édition sera de même. Nous avons réalisé nos attentes et nous croyons juste que la jeune fille a encore appris et repris force ».


On se voit en 2022 pour une autre messe, exclusivement féminine

Exclusivité : « …je crois que l’art reste la seule arme pour changer les mentalités en RDC  » ( Cruzz Taylor)

Cruzz Taylor est parmi les artistes qui parlent moins aux médias malgré son statut de l’un de meilleurs danseurs contemporains de la région nord-kivucienne, Est de la République Démocratique du Congo. Au milieu de cette année, il a été le seul congolais « sabliste » de sa promotion diplômé en danse contemporaine à l’Ecole des sables au Sénégal, fondée par la danseuse franco-sénégalaise Germaine Acogny, surnommée la « mère de la danse africaine contemporaine », et son mari Helmut Vogt. De sa passion pour la danse à son projet de Hadisi Urban Festival, en passant par cette consécration et son arrestation pour avoir performer contre les tueries à Beni, Cruzz s’est livré à cœur ouvert à notre redaction. Interview.

Par David Kasi


Créée en 1998, l’Ecole des Sables est un centre international de formation et de création en danses traditionnelles et contemporaines d’Afrique situé à Toubab Dialo, un petit village au sud de Dakar. Elle est à la fois une école d’enseignement théorique et pratique, un laboratoire de recherches, et un lieu de rencontres et d’échanges, de conférences et de résidences artistiques. Elle œuvre pour la formation professionnelle des danseurs de toute l’Afrique en danse traditionnelle et contemporaine du continent noir. Elle a pour objectifs de professionnaliser les danseurs africains, de leur permettre de vivre de leur métier, d’encourager la communication et la collaboration entre les danseurs, chorégraphes et compagnies d’Afrique et du monde entier ; enfin de développer et promouvoir une danse africaine contemporaine.

Portrait de Cruzz Taylor. ©️ David Kasi, Novembre 2021, Goma


Comment tu te présentes à de gens qui ne te connaissent pas ?


Je suis Cruzz Taylor, artiste danseur, jeune chorégraphe, diplômé de l’Ecole des Sables du Sénégal en danse Contemporaine et Traditionnelles, militant et actuellement directeur artistique du Hadisi Urban Festival qui est une plateforme d’expression et de sensibilisation culturelle urbaine, à travers l’expression corporelle et la danse contemporaine


Depuis que tu as une dizaine d’années tu fais la danse. D’où est venue cette passion qui, aujourd’hui est devenue une obsession dans ta vie ?


En plus de la passion, certaines inspirations comme Michael Jackson, Chris Brown m’avaient motivé à faire la danse avec mon frère (Bertin Kasolene) depuis qu’on est petit. J’aime trop dansé mais cela ne fait pas que je passe cette passion devant mes valeurs parce que, pour moi, je me dis qu’il faut apprendre le respect et l’humilité, le partage et la tolérance. C’est pour cela, je ne serai pas tout à fait d’accord que la danse est ma vie. Pourtant, oui, la danse fait partie intégrante de ma vie et certainement, sans la danse, je ne serais pas la même personne.


Tu en as déjà eu plusieurs obstacles dans ta vie d’artiste. Parle-nous d’un souvenir douloureux dans ta carrière et qui t’a aidé à etre un artiste militant ?


Depuis que j’ai commencé à danser, le plus grand obstacle était la « peur » que j’ai dû briser en 2017 lorsque j’ai été arrêté arbitrairement avec d’autres collègues pour avoir fait une performance artistique dénonçant et interpellant les populations sur les massacres en répétitions qui ont eu lieu au Kasaï au centre du pays et à Beni, au Nord-Kivu. Etre emprisonné pour la première fois en étant trop jeune, juste pour avoir exercé mon métier de danseur, fit une année pour surmonter mes peurs et trouver la hauteur de mon engagement. L’autre obstacle que je peux souligner est le manque de soutien aux œuvres locales, le manque de liberté d’expression. La plupart des gens n’accordent pas d’importance à la danse ou à l’art en général, pourtant, je crois que l’art reste la seule arme pour changer les mentalités en RDC. Et malgré tout cela, nous n’abandonnerons pas tant que nous n’aurons pas une génération derrière nous pour la relève.

Cruzz Taylor. ©️ David Kasi


Avant de partir pour le Sénégal, tu as participé dans plusieurs ateliers et formations de danse. En quoi ces échanges t’ont-ils aidé ?


Oui, avant de postuler à l’appel à candidature que l’école des Sables avait lancé en 2017, j’avais déjà eu l’occasion de participer à différentes formations de danse dans le pays et à l’extérieur avec les professeurs de renom tels que Wesley Ruzibiza du Rwanda, Nathalie Mangwa, une chorégraphe franco-camerounaise, Merlin Bleriot Nyakam de Paris, Ponzio Nicole et bien d’autres que j’ai rencontré et qui m’ont aidé à comprendre les enjeux et à maitriser mon corps.


Parle-nous de ton inscription à l’Ecole des Sables du Sénégal


Fréquenter l’Ecole des Sables est un rêve devenu réalité pour moi. Il a été une magnifique expérience professionnelle, qui m’a bâti et me donne aujourd’hui l’aptitude d’agir et de m’exprimer par le biais de la danse. Elle a changé ma vision des choses, et jusqu’à aujourd’hui, bien qu’elle soit achevée, continue de circuler en moi et de façonner mon etre et ma pensée artistique.

Cruzz Taylor entouré, avec son diplôme en danse contemporaine et traditionnelle, de Helmut Vogt et Germaine Acogny, Juillet 2021, Dakar, Sénégal. ©️ Ganish El Capo

Mon meilleur souvenir renvoie à tous mes instants de pleurs, de doutes et remise en question de mon travail et de ma personne pendant que mon plus grand défi a été de reconnaitre et d’accepter mes défauts. Au terme de cette formation, j’ai pu relever ce défi et je me sers de cela aujourd’hui comme force et motivation dans mon travail.

Cruzz Taylor, son diplôme à la main à l’école des sables, Juillet 2021, Dakar, Sénégal. ©️ Ganish El Capo


Parle-nous de tes pièces et performances solo. Quels messages regorgent-ils ?


Tous mes spectacles que j’ai fait sont politiquement engagés, socialement engagé et économiquement parce que mon envie est que mes spectacles parlent aux gens et que j’ajoute quelque chose dans leurs têtes et que qu’ils participent réellement aux changements de la RD Congo et du monde.


C’est quoi ton plus grand rêve artistique ?


Mon rêve est que les gens consomment l’art de Goma au niveau de la RDC ainsi qu’à l’échelle internationale. Et je pense que cela commence à se faire petit à petit avec les projets que nous mettons en place avec les amis et collègues danseurs de ma compagnie Inuka Danse Compagny, Comme le Hadisi Urban Festival, qui est aujourd’hui une plateforme d’échange et de visibilité pour les artistes locaux.

Cruzz Taylor lors d’une séance de prestation à l’école des Sables , Dakar, Sénégal. ©️ Mascha Tielemans


Qui serait Cruzz si tu n’aurais pas choisi d’etre danseur ?


Je pourrais certainement etre ingénieur électricien car c’est l’un des métiers que j’ai aimé quand j’étais petit jusqu’à faire cette option à l’école secondaire. Malheureusement, j’ai toujours aussi voulu danser au point de sécher les cours juste pour aller à l’entrainement de danse.

L’une des performances duo de Cruzz Taylor. ©️ YouTube/Cruzz Taylor Congo

Karaté : Goma honoré par le tournoi de Grands Lacs d’Amitié dès ce samedi

La ville touristique de Goma, Est de la RDC, accueille dès ce samedi 23 octobre le tournoi d’Amitié des pays de la sous région des Grands Lacs. Chapeauté par la Fédération de Karaté-do du congo, ce tournoi connaîtra la participation de plus ou moins 5 pays.

Initialement prévue du 23 au 26 septembre dernier, c’est enfin ce 23 octobre, à l’hôtel Cap Kivu de Goma que va démarrer la compétition d’Amitié. Les nations comme la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda ou encore la RDC, le pays hôte, étant déjà sur place, le programme a été réaménagé comme suit :

Les éliminatoires e Kumité et Kata( Dames et messieurs) devront ouvrir le rideau à partir de 8h et cela jusqu’à 12h. Les éliminatoires et repêchages en Kumité et Kata ( dames et messieurs) suivront de 14h à 16h 30. Au crépuscule de la journée ( 17h 30 à 19h ), les finales en Kata et Kumité pour les dames et messieurs, en individuel et en équipe, vont se jouer.

Le dimanche 24 Septembre, jour de clôture proprement dit, la remise des prix se déroulera de 8h à 10h avant d’assister aux départs des délégations le lundi 25 septembre.

Notons qu’au mois de Septembre dernier, la FEKACO a organisé un séminaire technique dans le site de Goma dans le but premier de renforcer les capacités de léopards en perspective de ce tournoi, qui fait déjà la Une dans la sphère sportive gomatracienne. Ces échanges, qui ont duré 3 jours, ont été animé par Sensei Blaide Luba, expert fédéral, 5ème dan et diplômé d’État de la Fédération Française de Karaté sous les yeux attentionné du Me. Freddy L’Akombo, président de la FEKACO.

David Kasi