RDC : retour sur la 8ème édition de l’Université des Grandes Vacances de Pôle Institute

Plusieurs dizaines de jeunes se sont réunis, à l’occasion de l’université des grandes vacances, du 19 au 21 septembre 2022, dans la salle Michel Séguier de Pole Institute à Goma, autour du thème : «  l’engagement politique des jeunes dans la région des Grands Lacs : enjeux et perspectives ». Ces jeunes, venus de la RDC et issus majoritairement de l’Université alternative de Pole Institute, du Rwanda et du Burundi, ont été outillés par des cadres universitaires et ceux œuvrant dans le domaine de la consolidation de la paix et dans la cohésion sociale. Ils ont, en plus de cela, eu à échanger avec des élus du peuple (députés provinciaux) sur leur expérience politique, afin de susciter la vocation politique parmi les jeunes. Puisque « les linges sales se lavent en famille » comme l’on dit, un débat houleux s’en est suivi.

Ces échanges visaient à éveiller la conscience politique grâce à une réflexion approfondie, pour la veille politique de la région des grands lacs africains et une prise d’engagement des jeunes de cette région. De Goma à Lubumbashi en passant par Bukavu, Beni et Masisi, ajouté à cela les rwandais et burundais, l’assemblée était composée d’artistes, de membres de diverses organisations et d’étudiants (certains en virtuel : de Kinshasa, Beni, Bunia, Lubumbashi, Hambourg/Allemagne) qui ont participé activement au débat.

L’Université alternative est un espace de développement d’intelligences rationnelle et émotionnelle, pour une réflexion agissante et des actions réfléchies. C’est une initiative de Pole Institute, qui est un institut interculturel dans la région des grands lacs. « Au départ, en 2012, des séances de formation des jeunes visaient à éduquer les jeunes à une autre politique possible. » nous a confié Ulimwengu Biregeya, l’un des animateurs des séances de l’Université alternative, avant de reprendre : «  il s’agissait pour Pole, de faire réfléchir les jeunes, sous la houlette de Michel Séguier et Kä Mana, – tous d’heureuse mémoire -, sur les voies possibles pour sortir de la grande nuit où était plongée la RDC. »


Pole Institute croit en la jeunesse, – elle ne le sait peut-être pas -. Sous l’aile du feu professeur Kä Mana, des jeunes congolais qui exprimaient leur mécontentement dans les coulisses de l’administration et de la politique de la RDC sont arrivés à sortir de leur gouffre de la peur. Ils ont aussi imaginé des initiatives et actions concrètes pour un changement profond et radical de l’imaginaire politique congolais.

Sans remplir des cahiers des notes inutiles, les pionniers de l’Université alternative ont soumis les jeunes à une autoréflexion, et à des échanges où ils ont appris et compris qu’il est de leur devoir en tant que citoyen de s’impliquer et s’engager dans les situations nécessitant leur activisme et leur participation. De là est né le mouvement citoyen qui, aujourd’hui a pris de l’ampleur sur l’étendue de la république, LUCHA (Lutte pour le changement) en 2012.

L’Université des Grandes Vacances, qu’est-ce ?

Dans la même optique que l’Université alternative, l’Université des grandes vacances en est une version beaucoup plus ample, vue l’audience et la durée de celle-ci. Alors que cette première se tient tous les samedis, réunissant des jeunes de la seule ville de Goma, celle des grandes vacances se tient depuis 2013, une fois l’année, avec une audience étendue aux jeunes d’autres villes et pays, et est en même temps diffusée en direct sur la chaîne de la radio pole FM et sur zoom via Pole TV.

Le premier jour s’est déroulé dans une ambiance de concorde et de bonne entente que nul n’aurait cru qu’il y avait des jeunes de différents milieux. On peut bien dire que la notion de cohésion sociale, nous l’avions déjà acquise.

Autour du thème : «  participation citoyenne et responsabilité dans la région des grands lacs. » Le professeur et animateur des séances de l’université alternative Phidias a rappelé aux jeunes qu’on ne doit en aucun cas rester amorphes face à la politique du pays, pour ne pas se faire marcher dessus.


La jeunesse doit alors s’associer avec puissance à la prise de décisions administratives et chercher à les influencer en usant de son pouvoir de transformateur social pour engendrer une réforme significative. Dénoncer ce qui ne marche pas et mener à une réforme avec une force sans violence, en respectant dans leur mode opératoire la hiérarchie du pouvoir. Cela nous conduira in fine à une démocratie réelle, à une bonne gouvernance.


Cet exposé s’est ensuite conclu par un débat entre les participants. Pendant ce temps, les jeunes, selon leurs milieux de provenance, devaient dire ce que font les citoyens pour exercer leur pouvoir sur leurs élus, pourquoi ils le font, ce que cela a changé dans leur milieu, et ce qu’il convient d’améliorer. Des réponses à ces questions ont été exposées devant toute l’assemblée.

« J’ai appris que la jeunesse doit aussi œuvrer dans la politique, se renseigner et savoir comment le pays va », a déclaré Ngalya Edith, une étudiante de l’Université alternative, lors d’une interview à la fin de la journée.

Privilégier les mythes positifs plutôt que ceux négatifs

L’avant midi du deuxième jour a été couvert par un exposé riche et interpellant de David Kalenda, communicologue de formation et Directeur de Pole FM.


En partant d’un rappel sur ce qu’est une révolte, puis une révolte constructrice dans le but de mettre en place un renouveau politique dans les grands lacs africains, le facilitateur a répondu à deux questions fondamentales : « pourquoi et comment faire une révolte constructrice ? » Le renouveau, pour partir sur une base compréhensible, est un nouvel épanouissement, une apparition des formes nouvelles ou encore un retour à un état précédent après le déclin.


Pour mener à bon port ce sujet, l’intervenant n’a pas hésité de puiser sa référence dans la grande bibliothèque qu’est le feu professeur Kä Mana qui, dans son génie, a pensé qu’il serait mieux de redécouvrir les mythes de notre région, les mythes positifs construisant de grands esprits au grand parler et à la grande écoute.


Les mythes, étant l’un des piliers d’une société, doivent servir de moyen d’interpellation, de transmission du patrimoine éthique sociétal et d’éveil de la conscience collective.


On fait, depuis un certain temps, face à des gouvernances semblant être tombées du ciel, marquées par des violences indestructibles, au point que les citoyens se sont enfermés dans l’impuissance, obéissant à l’aveuglette, s’abstenant ainsi de refuser l’inacceptable, ne pensant jamais qu’une révolte constructrice est possible pour changer la société. Au lieu de ça, on se tourne vers des solutions miracles comme celle consistant à s’en prendre aux biens d’autrui ou aux biens publics.


Alors, comment détruire les mythes négatifs qui nous caractérisent, qui ont tué nos valeurs sociales comme celui de l’incident du camion-citerne de Sange au Sud-Kivu ? Tout changement doit être centré sur la lutte, étudier ces mythes négatifs, les détruire et les remplacer par des mythes positifs pour féconder l’inconscient et la conscience, comme le disait le prof Kä Mana.


Les jeunes ont aussi leur rôle à ce niveau pour échapper à une nouvelle prédation. Toujours dans l’avant-midi, la grande salle a accueilli sous ses lumières Emmanuel Sebujangwe, Conseiller en consolidation de la paix, pour faciliter les échanges sur le sujet : « Cohésion sociale, régionale, rôle des jeunes ».


Il a commencé par stimuler les jeunes à la culture de la conscience politique, ensuite il a éveillé en eux la vocation de bons dirigeants en abordant la question de la cohésion sociale. Après avoir tourné un regard face aux personnes nocives, faces aux conflits, aux violences, il a renvoyé les participants à une question à laquelle il viendra répondre après : « qu’est-ce que nous devons faire ? »


La cohésion sociale renvoie à la capacité d’un État à réunir ses membres par des valeurs communes ou des règles de vie commune. Il part des dimensions de la cohésion sociale dans la pratique, puis sur la dimension gouvernance, démocratie, responsabilité de l’État et responsabilité de la jeunesse.


Cette cohésion doit être construite par la paix, la diversité, la santé individuelle, l’égalité, un système de soutien et de protection plus étendu, des normes de citoyenneté plus fortes, une forte participation populaire, un niveau élevé de gouvernance institutionnalisée et réactive, une capacité à contrer les violences, une inclusion, etc.


La grandeur de ce sujet nous a coûté deux avant-midi. Dans l’après-midi de ce deuxième jour, nous avons reçu pour un débat politique, deux de nos élus dont Madame Adèle Bazizane qui est une députée provinciale du Nord-Kivu, une femme qui a d’ailleurs influencé positivement un nombre considérable de filles grâce à son éthique et son intellect, et Monsieur Alexis Bahunga aussi député provincial. Les deux ont insisté sur le fait que les jeunes doivent s’engager et se battre pour bâtir un leadership nouveau et fort pour fonder une vraie nation. Tout en soulignant qu’en politique il n’y a pas d’amour mais plutôt des intérêts.


Pendant l’avant-midi du troisième jour, Ulimwengu Biregeya a échangé avec les jeunes autour du sujet: « Élections et manipulations des jeunes: comment inverser les risques dans les grands lacs africains. » Partant de la mission qu’a à accomplir chaque génération, il a montré que la participation politique des jeunes se justifie par la nécessité de renouveler le leadership, l’utilisation stratégique de leur poids électoral et la défense de leurs intérêts. Il a, par la suite, suscité l’attention des participants sur les facteurs favorisant la manipulation et quelles tactiques utiliser pour y faire face, et ainsi éviter de faire le lit des ambitions politiciennes.

L’apès-midi du troisième jour a été un moment d’échange encore entre les jeunes et deux autres élus de la province : Jules Hakizumwami, ex député provincial et avocat, avec une expérience de douze ans de carrière politique et de gestion de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, et l’honorable Béatrice Nyiramugeyo, suppléante de l’honorable député provincial Sebishimbo, avec à son actif, dix ans de carrière politique. Toujours un homme et une femme, Pole Institute prône la diversité.


Ces élus nous ont partagé leurs expériences, leurs prouesses et leurs échecs. Nous, nous avons seulement retenu qu’ils prônent la méritocratie et la justice au détriment du népotisme. Ils nous ont invités et incités à nous intéresser à la politique pour ne pas rester esclaves d’une politique injuste en nous rappelant le vieux dicton : « si tu ne t’occupes pas de la politique, la politique s’occupera de toi. » A nous de choisir.

« Cette session m’a appris qu’on doit s’unir nous jeunes pour promouvoir une paix durable dans la région de grands lacs, résoudre les conflits car nous sommes le pilier du développement, je vais partager cette expérience avec mes frères », a déclaré Dieu Merci Shukuru, invité à l’Université des grandes vacances et étudiant en sciences informatiques au Rwanda.

Le travail accompli

Pour clore cette session, Pole Institute a organisé une excursion à Buhimba où la jeunesse a commencé par prendre des engagements et proposer des actions concrètes à poser dans les jours à venir, puis s’en est suivi un match de football de socialisation joué selon la volonté de l’arbitre et de Jina Mulumba qui a servi de modératrice pendant cette période cruciale. A suivi une session slam des mêmes artistes qui nous ont égayés pendant les trois journées de travail précédentes.

Enfin, un match de football mixte
Nous espérons que cette connaissance n’est pas restée dans la grande salle Michel Séguier car l’heure où nous sommes, la responsabilité nous incombe d’agir en personnes conscientes, éveillées et veilleuses, pour sauver notre pays du naufrage politique qui est en train de l’enfoncer dans la pauvreté invivable. Pole Institute a fait et continuera de faire sa part. A chaque jeune de faire la sienne.

Par Sada BALUME, étudiante à l’Université alternative

Laisser un commentaire