Chronique – une année après la mort de Kä mana : Je porte un toast, à mes 12 mois de sobriété !


C’est vrai qu’on les croit éternels, jusqu’à ce qu’ils partent. On croit qu’on a tout le temps, on se dit : à demain mais est-ce que ce lendemain est vraiment assuré, certifié ? Le temps c’est tout ce qu’on a pas, alors ce texte, je l’écris pour cet homme qui maintenant vit dans l’au-delà.

Par Esther N’kuba


Le 15 juillet de l’année passée, j’apprenais la mort du prof…


Sans doute l’une des plus grandes pertes de ma vie. Les jours qui ont suivi, j’avais la gueule d’une revenante , mais ça ne m’empêchait pas de me dire: c’est bon, il a juste voyagé, il reviendra. Et ce, jusqu’à ce qu’on le mette sous terre et que je réalise que désormais, j’étais censée continuer seule, avec la peur d’un lendemain incertain.Les trois semaines d’après, je n’avais pas foulé un pied à l’école, pourtant ont était en pleine préparation de l’Exetat. Le préfet m’a appelé et m’a dit: NABINTU qu’est ce que tu fais ? Tu aurais pu attendre la fin des examens pour te marier, ça ne t’aurait pas tuer. Moi dans ma tête c’était : Ça sert à quoi d’avoir un diplôme si Kä mana ne sera pas là pour fêter ça avec moi? Je peux même le rater, ça ne me ferait rien. C’était très bête, je sais.


Mes proches avaient peur que je m’ouvre les veines ou que je saute du sixième étage; ce qui d’ailleurs était envisageable à l’époque. Quand j’ai repris l’école, dès qu’un prof m’adressait la parole, je l’envoyait balader. Ça m’a valu une semaine d’exclusion, chose qui m’arrangeait. Je me suis dit: aumoins je vais pouvoir pleurer en paix. À l’époque, s’il y avait un concours de pleureuses professionnelles, c’est sûr que je l’aurais gagné haut la main. Une chose était certaine pour moi : La mort m’avait volé l’inspiration. J’ai essayé d’écrire tout ce que je ressentais, je me rappelle encore que tout ce que j’arrivais à faire, c’était de mouiller mes pages des larmes. Ça faisait déjà un mois depuis la mort du prof mais j’avais encore la tête d’une revenante. Mon exclusion finie, je suis rentrée à l’école, avec en tête  » le diplôme, c’est pour les bleus « .


Puisque j’avais pratiquement passé un mois très loin de l’école, il me fallait revoir les notes et les recopier. Vu que cétait le cadet de mes soucis, le préfet était persuadé que j’étais possédée donc, il a prit la peine de photocopier toutes les notes pour moi et m’a même proposé des séances de récapitulation. Je l’ai boudé. Un soir, je suis assise à la maison, et là, je me mets à défiler mes dernières conversations avec Kä mana. Je tombe sur une note vocale où il me disait qu’il me veut grande, que j’ai de l’avenir avec ou sans lui, que mon livre c’était à moi de l’écrire et le travailler, le retravailler, le peaufiner jusqu’à en faire un récit digne de la fille de Kä mana. Je savais que tout n’était pas vrai dans ce qu’il disait, notamment que j’avais de l’avenir sans lui.


Mais cette note vocale m’a permis de réaliser une chose très grande:  » Le diplôme n’était pas pour les bleus « . Il fallait donc que j’obtienne ce foutu diplôme. Le lendemain, je suis rentrée à l’école, tous mes cahiers propres et couverts. Mes collègues étaient choqués : j’avais passé toute l’année avec des cahiers non couverts, mais là, à quelques semaines de la fin des cours… Je suis partie voir le préfet, pour lui dire que j’étais d’accord avec la séance de récapitulation et dévinez quoi: à son tour, il m’a boudé. Là tous mes collègues étaient en mode : si N’KUBA parvient à décrocher son diplôme, ce que toute la RDC a réussi. Bref! J’étais dans la merde assurée.


Mes collègues ont formé des groupes d’études mais ils étaient en avance, je ne comprenais rien à ce qu’ils faisaient. Là je me suis dit: Pourquoi tu es comme ça NABINTU ? Une chose était sûre : ce merdier, c’est moi qui l’avait fait et il fallait que j’en sorte. Alors j’ai bossé comme une dingue, mes nerfs auraient lâchés à cette époque. Et heureusement, ce foutu diplôme je l’ai eu, même si je suis sûre que comme toujours, je vais devoir attendre 5 ans et plus pour le voir venir. Après, il fallait que je retrouve l’inspi. Ça je ne suis pas sûre d’y être arrivée jusque là mais bon, on fait comme on peut. Aujourd’hui, ça fait un an que Kä mana est parti dans l’au-delà. La seule certitude qui me fait me sentir mieux tous les jours, ce qu’il veille sur moi et éclaire mes pas. Aujourd’hui, comme les alcooliques anonymes, je vois tout le calvaire auquel j’ai survécu après sa mort et je porte un toast, à mes 12 mois de sobriété.


Pour moi aujourd’hui, ce n’est pas un jour de deuil, non! Aujourd’hui je célèbre Kä mana, son vécu, son humour. Aujourd’hui je me pose un moment pour réfléchir et me poser les bonnes questions : Qu’ai-je fais des enseignements du maître ? Suis-je entrain de le rendre fier ou simplement, je le trahi ? Quand j’aurai la réponse à ces questions, je saurai si finalement, il avait raison de croire en moi, de me payer le transport à chaque fois que j’étais avec lui et me laisser remporter des paris à cause de mes beaux yeux.


Bref! In memoriam Kä mana.

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