Certains artistes de la ville de Goma, en conformité avec certains chroniqueurs et journalistes culturels se sont réunis, par le biais de Tweeter Space, pour assortir un bilan sur le plan artistique en 2021. Si l’an passé a été marqué par la pandémie de Covid 19, l’état de siège et l’éruption du volcan Nyiragongo, à l’unanimité, la communication des artistes n’a pas été au niveau même s’il y a eu certaines exceptions. Compte rendu.
Par David Kasi
Le moindre que l’on puisse dire est que la ville de Goma a vécu l’an 2021 à double allure sur le plan artistique comme dans plusieurs domaines. Pour cause de pandémie de Covid 19, avec la troisième vague, ajoutée à cela l’instauration de l’état de siège et l’éruption inopinée du volcan Nyiragongo, certains festivals et évènements culturels ont été reportés et d’autres annulés, à l’image du Festival Amani ou encore de Goma Rire Festival. S’il y a certains qui ont résisté, comme la deuxième édition du Hadisi Urban Festival, ses activités se sont passées en demi-teinte.
Individuellement parlant, certains artistes se sont démarqués et ont profité de ces phénomènes sociaux pour élargir leur image.
On peut le dire, sans peur d’etre contredit, que l’année 2021 est parmi les meilleures sur la dernière décennie pour les artistes individuellement. Les artistes ont eu des consécrations au niveau continental comme ils ont fait les tournées internationales, les autres ont eu les prix tout comme certains ont collaboré avec les medias internationaux.
« La communication » à améliorer au centre des échanges
Malgré un nombre restreint de participants à notre rendez-vous sur la toile, plusieurs disciplines artistiques ont été présentes dans ce débat houleux qui avait comme thème : « Les artistes de Goma : quel bilan pour 2021 ? ». En plus de journalistes et chroniqueurs culturels, les photographes, les danseurs, les slameurs, les militants, les dramaturges et les chantres ont répondu présents à notre évènement.
« J’estime que de manière générale, il est difficile de préciser que durant l’année passée, le bilan était largement positif, négatif ou mitigé étant donné que chaque artiste a ses critères d’évaluation d’une éventuellement évolution ou pas de l’art », a tenu à souligner d’entrée Ghislain Kabuyaya, slameur et acteur de théâtre. « Pour ne pas reprendre ce que bon nombre des gens pensent par rapport à ce qu’a été l’année passée, je vais exploiter un autre angle ; celui relatif à la visibilité des artistes, la promotion de leurs œuvres, les plébiscites constatés ça et là via la création des Awards, et le rapport entre les artistes et opérateurs culturels. A mon humble avis, il y a un besoin pressant d’améliorer ces aspects, ils sont parmi des facteurs importants dans la carrière d’un artiste », a-t-il continué avant de proposer : « Il faudra que la chronique culturelle ne soit pas penchée uniquement sur la musique. Revoir la manière de poser les questions (pour les journalistes et chroniqueurs) ou enrichir le panel. Il s’agit d’éviter de questions monotones, des questions inopportunes, des questions n’ayant aucun impact sur la carrière de l’artiste ni pour les auditeurs…une interview est aussi un moment crucial ou l’artiste peut se taper des fans par le fait qu’il parvient de relever ce qu’il est réellement si les questions sont bien orientées ».
Selon le livre « Réussir sa communication artistique » de Mathieu Oui, à l’ère de réseaux sociaux et de la professionnalisation du monde de l’art, savoir communiquer sur son projet artistique devient crucial pour tout artiste émergent. Qu’il soit architecte, musicien, photographe ou danseur, un créateur doit toujours maitriser tous les outils utilisés par les professionnels de la communication. C’est en effet par le biais de ce faire-savoir que l’artiste va trouver des partenaires, collectionneurs, commanditaires, galeristes.
Pour renchérir les idées de ce livre, Augustin Mosange, journaliste culturel basé en ville de Goma, a suggéré à tous les artistes « d’avoir des équipes pour l’an 2022. D’aller piocher ces étudiants en communication qui inondent Goma », car selon lui, « Lubumbashi a pris la place de Goma sur le plan artistique en RDC ». A Amina Murhebwa de confirmer : « Il y a des artistes qui limitent la communication sur la prise de photos. Il y a beaucoup de choses qui interviennent dans ce domaine. Essayons d’intégrer les jeunes qui font la communication »
Pour pallier à ce problème qui touche toutes les disciplines artistiques de la ville touristique, les journalistes et chroniqueurs culturels ont décidé de mettre sur pied une structure pour la promotion des artistes. Cette structure se concentrera sur un seul artiste chaque mois dans le but de l’aider dans ses projets. « Les artistes nous ont taxé de tuer l’art de Goma, et plus particulièrement la musique. C’est pourquoi nous avons créé une structure pour essayer de lever l’équivoque », a déclaré par la suite Augustin Mosange.
Dans ce même angle d’idées, Ghislain Kabuyaya a proposé de « renforcer le rapport entre artistes et opérateurs culturels. Offrir un cadre permettant la connaissance du management artistique. Comment propulser son art ? Quelles valeurs mettre en exergue en faveur de la culture ? Qu’est ce qui contribue à la mise en place de l’identité culturelle d’un peuple à travers les œuvres produites ? ».
Vivement cette année 2022 qui a déjà commencé sur le bon augure