Interview Exclusive : « Raconter des histoires en images, c’est ce qui me passionne » (Guerchom Ndebo)

8 décembre 2021 restera l’une de meilleures dates de la carrière artistique de Guerchom Ndebo, photojournaliste congolais basé à Goma, Est de République Démocratiques du Congo. A Paris, au musée de l’Homme, il a été plébiscité du prix de l’Agence France Presse de l’Avenir photo pour son portfolio de 20 photos sur l’éruption du Volcan Nyiragongo du 22 Mai 2021. Du souvenir qui l’a poussé à adopter sa démarche artistique autour de l’humain à ses plus grands rêves en passant par le déclic qui l’a fait connaitre au niveau mondial, Ndebo s’est livré avec ouverture d’esprit à notre redaction. Entretien.

Par David Kasi

Soutenu par Canon, le prix AFP de l’Avenir photo est remis chaque année par l’association planète Albert Kahn pour honorer des personnalités dont l’œuvre, le comportement, l’ouverture d’esprit, ont participé à la fraternité entre les hommes, et à la connaissance de la planète.

Tu utilises la photographie pour communiquer tes préoccupations sur les sujets complexes et stimuler la réflexion sur les enjeux contemporains. Comment est encrée cette discipline en toi ??


J’ai grandi dans une famille dont la mère était couturière, je la voyais travailler sur ses vêtements et j’étais plus intéressé par la touche finale lorsque le propriétaire va porter ses vêtements, voir comment les clients de maman étaient très heureux de porter leurs vêtements et la façon dont ils se regardaient dans le miroir m’a rapproché de l’image. J’étais curieux de partager leurs émotions. C’est là que j’ai pris une démarche artistique en mettant l’humain au cœur de mon travail.


Qu’est ce qui a motivé ta démarche artistique qui mêle les différences artistiques, de solidarité et de décadence ?


Ma motivation vient de la passion à l’image. A chaque cliché je me demande si je fais ce qui me passionne vraiment  » Raconter des histoires en images  » et à chaque fois la réponse, quand elle est oui, je continue à faire les photos et je trouve d’autres idées.


Comment le projet Congo in conversation de Finbarr O’reilly t’a permis de se lancer dans le photojournalisme ?


Personnellement, le projet Congo in Conversation a marqué mes débuts dans le photojournalisme. Au cœur du projet se trouvait la collaboration, un élément clé qui m’a permis d’évoluer très rapidement. Travailler aux côtés de Finbarr O’Reilly et d’autres contributeurs du projet m’a permis d’améliorer mes compétences en matière de narration. Au-delà de la collaboration, nous avons eu une grande couverture en termes de visibilité et plusieurs publications dans la presse internationale. Après l’exposition à Paris sur la Tour Saint-Jacques en janvier, j’ai été contacté par Getty Images et j’ai commencé à couvrir l’actualité de l’Est du Congo en tant que contributeur indépendant.  L’une des premières histoires que j’ai couvertes a été l’assassinat de l’ambassadeur italien en février 2021.


Aujourd’hui tu es contributeur chez Getty Image, une agence de photographie et une banque d’images américaine. Dans un peu d’années de carrière, tu t’imaginais déjà arrivé à ce niveau ?


Je n’avais jamais imaginé que je couvrirais un jour pour les grandes agences, mais je me suis dit que je devais travailler dur pour être à la hauteur du défi. J’ai continué à travailler pour en apprendre davantage
Grâce à tes clichés, tu as déjà raconté tant d’histoire.

Tu peux nous dire laquelle d’entre toute t’a fascinée et pourquoi ?


L’histoire qui m’a le plus marqué cette année est l’éruption du volcan Nyiragongo. Je pense qu’il était de ma responsabilité de documenter les événements entourant l’éruption et ce qui m’a le plus marqué, c’est d’écouter les histoires des gens et de les partager avec le monde.


Grâce à ta couverture de l’éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021, tu viens d’être lauréat du prix AFP de l’avenir photo. Quelles sont tes impressions et à qui tu dédie ce prix ?


Le prix Avenir Photo Canon, je le dédie à tous les habitants de Goma qui ont fait preuve de courage et de résilience pendant cette période sombre du volcan, en particulier aux personnes qui m’ont permis de raconter leurs histoires. Raconter leurs histoires a été l’une de mes plus grandes réussites.


Tes photos de l’éruption ont été reprises dans plusieurs grands médias internationaux dont entre autres, New-York Times, CNN, RFI ou encore USA Today, quels sont les secrets derrières tes photos ?


Je ne sais pas si je dois parler du mot secret ou travail, mais une chose est sûre, la première chose que j’essaie de faire dans mes photos est de représenter les gens sous leur meilleur jour, et de raconter leurs petits succès, dans mes photos j’essaie toujours de représenter le courage des gens.

Une des photos de Guerchom Ndebo prise lors de l’éruption du volcan Nyiragongo, 22 Mai 2021, Goma, AFP.


Bien que ta carrière ne soit pas encore longue comme un bras, tu peux déjà nous dire les obstacles que tu as déjà surmontés et qu’est ce qui t’aide dans ce combat ?


Je n’ai pas beaucoup d’obstacles dans ma carrière ; jusqu’à présent, je continue à apprendre pour améliorer mon approche, la première des choses que j’aimerais avoir et que je n’ai pas eue, c’est l’accès à un cursus universitaire en photojournalisme.


Comment vois-tu le domaine de photojournalisme en ville de Goma en particulier et en RDC en général ? Quoi à encourager et à améliorer ?


Nous sommes d’accord sur le fait que le photojournalisme est en train de décoller en RDC, il y a quelques années nous étions sous-représentés mais pour l’instant nous avons rejoint la carte, c’est aussi un appel à tous les passionnés de photojournalisme à nous rejoindre car il y a beaucoup d’histoires à raconter sur la région.


Ou vas s’arrêter Guerchom ? Quels sont tes rêves et tes modèles dans ta carrière ?


J’ai de grands rêves : J’aimerais travailler dur pour être un jour ambassadeur et partager mon expérience avec d’autres personnes, travailler sur de grands sujets et être publié dans de grands magazines, faire des expositions où mon travail sera montré au public. Raconter des histoires en images, c’est ce qui me passionne. Je m’améliore chaque jour pour réaliser mes rêves et quand j’y arriverai, mon plus grand rêve sera de partager et de raconter d’autres histoires.
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Le photojournalisme est souvent confondu avec le métier de reporter photo de guerre ou grands photographes de guerre. Alors que ce secteur englobe non seulement le métier de photojournalisme de guerre dans de grandes organisations comme reporters sans frontières mais aussi d’autres formes de photographes journalistes d’une agence de presse.


Le photojournaliste ou journaliste reporter d’images a comme mission de partager des informations sous forme d’images auprès des citoyens. Lors d’un quelconque évènement culturel, politique ou un conflit de guerre, le photographe de presse est toujours présent afin de couvrir les faits et les manifestantes. Son travail consiste à prendre tous les clichés lors d’un évènement quelconque afin de les diffuser auprès d’un large public.


Ce partage de reportages photos se fait par le biais de la presse écrite, du site web d’une agence de presse, de son portfolio virtuel ou son blog word press photo.

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